Ce même code du travail stipule également que: " Pour les jeunes de 16-25 ans, les contrat d'insertion en alternance et les stages prévus au titre de L.980-1, les contrats d'apprentissage ainsi que les contrats d'emploi-solidarité concurrent à l'exercice du droit à la qualification ". Quand la progression de l'apprentissage se constate, la régression des effectifs dans les lycées professionnels se dessine. Cette tendance selon le rapport " Apprentissage " du Comité de coordination des programmes régionaux d'apprentissage et de formation professionnelle continue, 2001, est amplifiée par le fait que, " depuis 1987 l'apprentissage est ouvert à tous les niveaux de formation et que parallèlement des démarches qualité ont été mises en œuvre améliorant aussi l'image de l'apprentissage ". Aujourd'hui, nous nous interrogeons sur la place de l'apprentissage dans le dispositif français de formation professionnelle.
Quand on dit apprentissage, on pense métier, travail, fin de l'école. Cette vision des choses est fortement ancrée dans les esprits. Jusqu'à un passé récent la possession d'un diplôme d'enseignement général offrait des opportunités de carrières pour les possédants et pour les parents, il était considéré comme signe d'une promotion sociale assurée.
Entrer en apprentissage, c'était faire le choix d'une formation professionnelle courte, avec comme objectif d'entrer dans la vie active au plus tôt. Pour des candidats de faibles niveaux de qualification, c'était l'occasion de trouver un emploi, de forger son expérience, ainsi d'améliorer ses savoir-faire et d'affirmer ses compétences.
L'évolution de la société, l'allongement de la scolarité, l'ambition d'élever les niveaux de formation et de conduire 80% d'une tranche d'âge au niveau BAC, ont contribué toutefois à pousser les jeunes vers des études longues. Dans un même temps, l'arrivée des nouvelles technologies, la mutation des métiers et des professions, l'éloignement des zones d'activité des lieux d'habitation, le désintérêt pour les travaux physiques ont progressivement amené les jeunes et les familles à une méconnaissance des possibilités de carrières et des débouchés prometteurs.
Dans ce contexte précisément évoqué, il est difficile de parler de l'apprentissage comme une voie de formation à part entière. Comment alors faire comprendre toutefois toute la noblesse de l'apprentissage sous contrat de travail, de l'alternance comme un concept moderne et novateur de pédagogie différenciée ? Si la qualité des formations en alternance notamment relève d'abord de la responsabilité de ses financeurs, et donc des régions, et des entreprises, pour ce qui concerne l'apprentissage, certains points paraissent appeler une action spécifique de l'Etat, qui consacre des sommes importantes au soutien de celui-ci. Cette action de l'Etat est en liaison étroite avec les secteurs d'activité et leurs représentants. De ce point de vue, aller voir la place des chambres de métiers et de l'artisanat (CMA) pour la promotion de l'image de l'apprentissage, son développement et la qualité de formation dans les centres de formation et d'apprentissage (CFA), serait intéressant.
Former est un art, qui requiert la maîtrise de techniques et de méthodes pédagogiques à la fois innovantes et rigoureuses. L'acquisition des compétences fondamentales peut ainsi apporter d'importants bénéfices économiques et sociaux, non seulement aux individus qui en sont privés, mais aussi à l'ensemble de la société. Au cours des dix dernières années selon une étude [OCDE et Statistique Canada, 2005], la plupart des pays ont mis en place de nouveaux parcours de progression, défini de nouvelles compétences clés et conçu de nouveaux curriculums de formation. Pourtant, les politiques visant à orienter l'enseignement et l'apprentissage en classe demeurent pour l'essentiel des instruments imprécis d'où le caractère changeant et en évolution continue des politiques et réglementations sur la formation professionnelle et l'apprentissage qui en est une composante.
Pour la commission "Développement humain" du C.E.S.R (Conseil Economique et Sociale de la Réunion). [Rapport du C.E.S.R. " la G.P.C.E: l'avenir est raison du présent " adapté par l'Assemblée plénière le 7 octobre 2004], l'apprentissage constitue une voie de formation pertinente. Il se révèle une réponse adaptée pour la qualification des jeunes par la reconnaissance des diplômes et des métiers. Cette filière qui permet de répondre de manière très opérationnelle aux besoins de nombreuses professions doit par ailleurs permettre d'atteindre l'excellence.
Dans le contexte actuel de l'apprentissage, marqué à la fois par l'évolution et homogénéité de sa population et la demande de qualité de celui-ci par les entreprises et du marché du travail, l'apprentissage représentant un enjeu non négligeable qui nécessite une attention particulière tant sur la qualité des formations en alternance, sur la responsabilité de ses financeurs que sur le poids des conseils régionaux. Pour y parvenir, il faudrait que nous nous posions la question sur le dispositif de financement de l'apprentissage ?, qui organise l'apprentissage ?, qui finance l'apprentissage ? et comment est organisé l'apprentissage ? , où et comment se déroule l'apprentissage ?, sans perdre de vue de qui sont les formateurs dans les centres de formation et d'apprentissage (CFA).
Autant les acteurs de l'apprentissage sont nombreux, autant les textes de loi et les politiques qui contribuent à la réglementation de cette voie de formation pertinente pour répondre aux besoins des entreprises sont aussi nombreux. La prise en compte de toutes ces politiques autour de l'apprentissage dans ce travail d'analyse s'avère nécessaire et indispensable. Cette voie pertinente qui forme des personnes adaptées aux besoins réels des entreprises est un processus qui remonte des années assez lointaines, faire un rappel historique à son sujet ne serait pas sans utilité.
MARO Malamine
Sociologue-Consultant en Ingénierie de Formation.
Propos recueillies par Blaise MARENA
blaisemarena@yeumbeul.com