Rapports Nord/Sud tronqués par les intérêts économiques et financiers du Nord.
Le développement est une notion ambiguë : jusque dans les années 60, il était réservé aux pays pauvres. Dans les pays riches, on préférait parler de croissance ! Cette notion a souvent masqué une vision eurocentrisme, économiciste et évolutionniste de l'histoire des sociétés occidentales qui repose sur l'idée d'une croissance illimitée. Sans aucune perspective de durabilité (dans les domaines de l'environnement, de culture, de justice sociale, de droits de l'homme et démocratie), le mythe de la croissance s'est déconnecté, pour ne pas dire opposé, au concept de développement humain.
Traduction dans les actes du modèle de développement imposé par le Nord, la coopération est surdéterminée par des rapports de force économiques et culturels. Sur le plan économique d'abord, les pays industrialisés, détenteurs des capitaux, sont les maîtres du jeu. La réalité des règles fixées par le FMI (Fond Mondial International) et l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) limitent les capacités d'une grande majorité des Etats du Sud à mettre en place des politiques économiques nationales adaptées aux besoins des populations. Ces instances mondiales, au pouvoir coercitif, se sont éloignées de leur mission régulatrice originelle : leur politique d'aide s'est soldée par une dépendance et un endettement durables des pays qu'elles disaient vouloir aider ! Selon les estimations du PNUD, le protectionnisme des pays riches fait perdre aux pays en développement un revenu égal à 100 milliards de dollars par an sur les produits agricoles auxquels il faut ajouter 50 milliards supplémentaires sur les textiles.
Quant à l'aide financière il y a, les logiques mercantiles qui demeurent. Si bien que l'investissement monétaire n'est pas adapté aux besoins des pays destinataires, mais souvent aux intérêts des pays donateurs. Ainsi l' " aide liée " est, par exemple, conditionnée à l'achat de biens d'équipement dans le pays donateur. Sur le plan culturel, la spécificité des contextes culturels des pays destinataires a été trop souvent minorée. Les filtres culturels des pays donateurs, en gênant leur appréhension de la réalité d'Autrui, sont à l'origine de l'échec des projets.
Qu'est-ce que donc le co-développement ?
Notion récente, la définition du co-développement doit être approfondie. Néanmoins, l'apparition de ce terme relève d'une tentative de rupture dans la pratique des relations internationales
En favorisant une coopération économique bilatérale et multilatérale, le co-développement est un des moyens d'augmenter la richesse (monétaire ou non) des pays pauvres. Il implique une vision " ouverte " du développement défini comme l'aptitude d'une collectivité à répondre à ses besoins fondamentaux. Il est, alors, à l'origine d'une vision rénovée (révision des concepts, moyens et modalités) de la politique de coopération et de l'aide.
Tout en satisfaisant à la logique de développement durable, son enjeu est d'inventer un autre mode de développement qui ne soit pas calqué sur celui de l'Occident. Dans sa substance, le concept de co-développement reconnaît que le développement économique est surdéterminé par des logiques culturelles et atteste qu'il est impossible de séparer développement et culture. Ne se limitant pas à un échange de savoir et de techniques, le co-développement provoque la lente interpénétration de cultures et de représentations du monde : chaque pays devrait être libre de choisir et d'élaborer la forme spécifique de son propre développement.
Le co-développement, alternative à la migration ?
Les pressions qui poussent les populations à émigrer vers d'autres pays sont de plus en plus fortes et risquent de s'intensifier dans les prochaines décennies. Les principales origines à cela, identifiées par le PNUD, sont la croissance démographique; l'amélioration des compétences des populations du Sud ; les possibilités professionnelles insuffisantes dans les pays de départ ; la migration de l'argent. Les pays industrialisés comptent déjà 14 millions de réfugiés et leurs rangs augmentent. Contrairement à nos représentations sur la migration, les mouvements migratoires Sud/Sud sont beaucoup plus importants que Sud/Nord, cela par la facile mobilité interne du continent.
Les décideurs politiques ont, pendant longtemps, pensé que la migration était avant tout une réponse à des différences importantes de revenu. C'est oublier que l'ouverture aux échanges et aux capitaux, qui augmente le revenu et le bien-être, va de pair avec les migrations, particulièrement à court terme. L'impact du co-développement ne peut alors se faire sentir que sur le long terme : améliorant le niveau de vie, il rend l'immigration moins avantageuse.
Le co-développement doit donc être alors dissocié de l'obsession de la maîtrise des flux migratoires et de celle du retour.
6. Les migrants représentent une richesse tant pour les pays d'accueil que pour les pays d'origine. Il convient de reconnaître et soutenir l'action d'organisations de migrants, et le cas échéant, de favoriser la création et l'implication de ce type d'associations dans la mise en œuvre de projets de 'développement'. Créer des liens juridiques avec les pays d'origine pour dynamiser leur rôle dans la mise en place de politiques d'insertion ou de réinsertion dans les pays d'accueil et les pays d'origine. Ces associations devraient également se voir reconnaître un rôle majeur comme relais de politiques d'échanges interculturels.
Solutions de remédiation
À notre avis, les solutions de remédiation semblent être :
" S'engager dans des projets concrets d'appui aux pays en " développement " selon les engagements pris lors des sommets de l'ONU, à travers la mise en œuvre de programmes spécifiques de coopération en vue d'appuyer les initiatives/projets d'intégration économique régionale ou sous-régionale visant à favoriser des changements démocratiques, dans le respect de l'indépendance et la souveraineté des pays partenaires, ces programmes, se doivent d'impliquer davantage la société civile dans la formulation de leurs objectifs et l'élaboration des moyens pour les atteindre.
" Encourager le transfert de compétence, la modernisation, et la restructuration des relations et des rôles des acteurs sociaux des pays en voie de développement sous forme de micro projets qui doivent être mis en œuvre à l'échelle géographique où ils sont gérés.
" Renforcer le rôle de la société civile et la mise en œuvre de mécanismes de concertation (ONG, représentants des secteurs économiques, associations de migrants…) sur son territoire comme dans les pays partenaires afin d'accroître la transparence et de renforcer la notion de responsabilité.
Par Maro Malamine
Sociologue-Consultant
Ingénierie de Formation
APCM - Paris - France
Propos recceuillis par Blaise MARENA
blaisemarena@yeumbeul.com